L’enfant indésirable

(Auteur : Jacques Cany, tous droits réservés)
 

6ème épisode


LE SERVICE MILITAIRE

Dix-huit mois s’écoulèrent ainsi et je fus convoqué pour effectuer mon service militaire. Et comme, lors du Conseil de Révision qui avait eu lieu l’année précédente, à la question "Où voulez-vous aller ?", j’avais répondu "N’importe où !" En effet, rien ne me retenait et  je désirais si possible voyager et connaître des pays lointains.

Je reçus donc mon affectation pour le 1er Bataillon du 1er Régiment de Marche du Tchad (régiment de prestige de la 2ème Division Blindée). J’étais déjà content, mais celui-ci était alors caserné à 50 km de Paris, à Pontoise (Seine et Oise) ... Je pensais que c'était provisoire et que, de là, je serai bientôt envoyé en Afrique… mais finalement j’y passais dix-huit mois,.

Marie-Claire m’écrivait presque tous les jours des lettres enflammées les deux premiers mois. Malheureusement, je lui répondais rarement car je manquais de temps. En effet, les six premières semaines étaient consacrées à faire "les classes". Cela consistait à apprendre à marcher au pas, à se mettre au garde-à-vous et à tirer au fusil, à apprendre à le démonter, le nettoyer et le remonter. Ne recevant pas de réponse,  elle finit par se lasser.

Je fis mes six semaines de classes. Ensuite, je fus volontaire pour suivre le peloton de sous-officiers. Je demandais évidemment la section des Transmissions. On me fit passer un test avec d’autres candidats. Différentes paires de séquences de sons étaient produites et il fallait indiquer si elles étaient identiques ou pas. N’ayant jamais pratiqué le Morse au son, j'eus tout faux et je  fus reconnu inapte aux transmissions !... Je demandai alors le "rapport" du Capitaine (c'est-à-dire une consultation) et je lui expliquai ce que je faisais dans le civil et que la plupart des télécommunications de nos jours n’étaient plus effectuées par  radiotélégraphie au son mais par télétype...

On m’affecta donc quand même dans les Transmissions mais comme… secrétaire-comptable !  Cela tombait très bien car j’étais bon dactylographe et je connaissais un peu la comptabilité, apprise chez le comptable agréé où j’avais travaillé. Ainsi, il faut considérer avec attention chaque chose que l’on découvre dans la vie car elle peut servir par la suite. On m’installa dans le Bureau du Capitaine du Service des Transmissions. Mon travail consistait en la gestion du matériel et j’étais, entre autres, responsable des produits consommables comme la soudure, les lampes radio, etc. Je tenais la comptabilité-matières ainsi que celle du matériel en service et de la dotation en cas de guerre. Je tapais les notes de service, la correspondance nécessaire avec les autres compagnies du Bataillon. J’étais chargé d’établir les rapports de pertes et détériorations de matériel intervenues lors de manœuvres, suivant les explications des soldats ; chaque semaine, je présentais au Capitaine les demandes de permission de 24 ou 48 heures (j’y glissais évidemment la mienne dans le milieu, pour être sûr qu'elle passe inaperçue et que le Capitaine la signe avant de trouver qu’il y en avait trop et de refuser les autres !).

Trois mois après, il y eût une promotion et je fus nommé Caporal ainsi que quelques autres du même peloton. Pratiquement tous les samedis après-midis, je partais en permission de 24 heures. On devait être rentré le lendemain dimanche avant minuit. Pour sortir de la caserne, Il fallait que notre tenue de soldat soit impeccable car sinon le sous-officier de service au poste de garde ne nous laissait pas sortir. J’allais, soit chez mes grands-parents de Choisy, soit chez ma grand-mère de Paris. Une fois par mois, j'étais aussi invité à aller déjeûner chez mon Père. S'y trouvait Henriette sa nouvelle épouse ainsi que Monique, ma demi-sœur consanguine, âgée d’une dizaine d’années.

Tout se passait très bien jusqu’à un certain jour où Il y eut des noix fraîches en fin de repas. J’adorais tellement celles-ci que, sans m’en rendre compte, j’étais en train de vider la corbeille. Ma belle-mère me dit alors d’un ton sec et blessant :

- Tu n’es pas obligé de toutes les manger, il nous en faut aussi pour la semaine ! J’étais très vexé. Mon père prit mon parti et me dit que si j’en avais envie, je pouvais en manger autant que je voulais. Mais je m’arrêtai de manger les noix et je pris la résolution de ne plus revenir chez eux. Je ne suis donc jamais retourné chez mon père et je n’ai plus parlé à ma belle-mère pendant des années. C’est Sandra, ma seconde épouse dont on parlera plus tard, qui rétablit les ponts…

Pour remplacer la visite que je faisais à mon père un dimanche par mois, je décidais d’aller danser dans un bal pas très loin de la caserne. Un après-midi, j’invitai une jeune fille qui me plut beaucoup ! C’était une belle brune d’environ 17 ans et je m’accordais très bien avec elle pour danser. Elle se collait et se serrait contre moi... Ceci m’excitait au plus haut point comme on peut l’imaginer ! A la fin de la danse, j’étais obligé de mettre ma main dans ma poche pour cacher  mon excitation. Elle s’appelait Maria. Je l’embrassai sur la bouche et nous flirtâmes le reste de l’après-midi. Je lui proposai de faire l’amour le dimanche suivant. Elle accepta.

La semaine fut très longue à passer... Enfin, dimanche arriva et nous nous retrouvâmes. Nous allâmes dans un petit hôtel près de là. Arrivés dans la chambre, après nous être serrés dans les bras l’un de l’autre et nous être embrassés longuement, nous nous déshabillâmes en nous cachant chacun l'un de l'autre. J'étais très timide et pudique. Elle avait un corps admirable. J’étais très excité. J’avais honte qu’elle voit l’état dans lequel je me trouvais et je craignais que cela ne lui fasse peur... En effet, elle m’avait avoué être encore vierge... C’était la première fois que je devais dépuceler une fille et je manquais encore d’expérience. Je caressais donc ses seins longuement en les couvrant de baisers et ses cuisses jusqu’au moment où je pensai qu’elle était prête pour accomplir ce que nous avions décidé de faire.

Malheureusement, son appréhension faisait sans doute que son vagin n’était pas assez lubrifié. Comme nous n’avions rien pour y remédier, chaque fois que je voulais renouveler ma tentative, elle me disait que cela lui faisait très mal. Après plusieurs essais, nous décidâmes d’abandonner d’un commun accord. J’étais très frustré et horriblement déçu de ne pas avoir réussi un acte en principe aussi banal… mais je me rappelai que ma grand-mère de Paris m’avait raconté que lors de son premier mariage, son mari, le père de ma mère, n’était pas arrivé non plus à la dépuceler car elle était encore vierge à 26 ans et qu’il avait fallu faire appel à une infirmière. Je la raccompagnai sur la route de Cergy où elle me dit qu’elle habitait. C’était un peu plus loin après la caserne. Nous nous quittâmes bons amis malgré tout.

Quelques jours plus tard, j’eus des démangeaisons  très désagréables là où vous pensez... C’était un genre de poux qu’on appelle vulgairement des morpions ! Sans aucun doute, quelques uns avaient profité de nos rapports pour se glisser dans mon intimité. Je réalisai alors que ce devait être la raison pour laquelle elle se frottait tellement en dansant !... mais également pourquoi je n'avais pu la pénétrer : son vagin devait être enflammé. J’allais à l’infirmerie et on me donna une pommade nommée Marie-Rose destinée à exterminer ces vilaines bestioles. Je n’osai pas revoir Maria et je ne suis plus retourné à ce bal.

Cette vie de militaire me convenait à merveille. Entre temps, je passais les examens pour obtenir les certificats des 151 et  251 trans. afin de pouvoir monter en grade. J’envisageais de me rengager dans l’Armée, afin de suivre les Cours de l’Ecole d’Applications de Transmissions qui se trouvait à Montargis et obtenir ainsi le grade de sergent-chef. Je sentais que je pourrai également rapidement devenir adjudant et pourquoi pas adjudant-chef. J’aurais ainsi une bonne retraite...

Tous les jeudis, j’avais une Jeep avec chauffeur à ma disposition pour aller à la caserne du Kremlin-Bicêtre, Centre d’Approvisionnement des Transmissions de la Région Parisienne, afin d’échanger les lampes radio H.S. (hors service) contre des neuves, de récupérer de la soudure, d’échanger les films du S.C.A. (Service Cinématographique aux Armées).  Après avoir terminé notre mission et ayant quelque temps libre avant de rentrer à la caserne, nous en profitions pour aller faire un tour sur les bords de la Marne.

Un jour, nous allâmes à Fontenay, boire un verre au bistrot qui se trouvait en face de la maison de ma mère. J’étais en uniforme militaire de sortie. Je pense qu’elle dut m’apercevoir ou bien que le propriétaire du bistrot la prévint. Toujours est-il qu’elle descendit et vint s’accouder au comptoir à trois mètres de moi et me regarda j'imagine intensément. Je fis semblant de ne pas la voir… Elle ne fit aucun geste et je repartis avec mon chauffeur.

LE GANG DES CAMIONS-LAITIERS DE SARTROUVILLE

Un dimanche soir, je revenais de permission de chez mes grands-parents de Choisy et je fis le chemin  jusqu’à la gare avec une nièce de ma tante Berthe. On l’appelait Fifi. Elle avait un peu plus d’une vingtaine d’années. En cours de route, après le pont sur la Seine, des idées me trottèrent par la tête et je me mis à avoir envie d’elle. Nous passâmes pas mal de temps à jouer au chat et à la souris, à discuter sur les avantages et les inconvénients de la chose mais je ne réussis pas à la convaincre de descendre faire un tour sur les berges de la Seine. Tout ce que j’y gagnai ce fut d’avoir raté mon dernier train. En effet, arrivé à la gare du Nord, il était près de minuit et je n’avais plus de train pour rentrer à Pontoise !

J’allai donc à pied de la Gare du Nord à la Porte de Clignancourt avec l’idée de faire du stop. A cette époque, on devait être en uniforme pour sortir en permission et un soldat n’inspirait aucune méfiance lorsqu’il faisait du stop. Une voiture s’arrêta, c’était une belle voiture noire spacieuse. Il y avait déjà à l’intérieur un soldat de St-Germain en Laye qui avait également raté son train, le chauffeur et un de ses amis. Il me dit de monter, m’assura qu’il m’amènerait sans faute à Pontoise avant l’heure de fin de permission, soit 7 heures du matin. Mais en attendant, il fêtait son anniversaire. Il était représentant chez Monsavon et gagnait bien sa vie. Apparemment, ils avaient déjà bien commencé la fête car ils étaient très gais. Il nous emmena aux Halles, au Pied de Cochon. Nous montâmes au premier étage et il commanda à boire. Comme ils étaient très en forme, ils se mirent à chanter à haute voix des chansons populaires et nous les accompagnâmes pour ne pas les décevoir. Toujours est-il qu’il devait sans doute être trop tard pour faire du bruit car les patrons nous mirent à la porte très rapidement. Comme le chauffeur avait envie de blaguer, il s’arrêta plusieurs fois dans l’avenue des Champs-Élysées devant un agent de police et  lui demandait :"Est-ce que vous connaissez une voiture facile à voler ?"Je me disais qu’il allait finir par se faire arrêter et que mon retour à Pontoise paraissait compromis… Finalement, il finit par prendre la route de Pontoise.

En route, il cherchait un bistrot mais tous ceux qu’il connaissait étaient tous fermés à cette heure tardive. Alors que nous circulions normalement, nous vîmes un camion arriver face à nous, tous phares allumés nous forçant à nous arrêter. Le chauffeur du camion descendit de son véhicule et notre chauffeur en fit autant et ils commencèrent à s’invectiver. Craignant qu’ils en viennent aux mains, nous descendîmes tous les trois également pour les séparer éventuellement. Je crus comprendre que le chauffeur du camion reprochait au nôtre d’avoir laisser ses phares allumés et de l’avoir ébloui. Nous les calmèrent et nous nous excusâmes auprès du chauffeur du camion en disant que c’était un oubli de la part de notre chauffeur. Nous repartîmes chacun de notre côté, nous félicitant qu’une bagarre n’ait pas éclaté. Je respirai. Notre chauffeur s’attarda à Sartrouville toujours à la recherche d’un bistrot ouvert. Malheureusement, ils étaient déjà tous fermés. Tout à coup il s’arrêta dans une rue assez déserte et descendit en nous disant qu’il allait satisfaire un besoin pressant. Il partit vers l’arrière de la voiture. Evidemment, nous restâmes à l’intérieur et ne vérifiâmes pas ce qu’il faisait ! Il revint quelques minutes plus tard. A ce moment-là, un camion nous doubla à une vitesse qui me sembla incompatible avec la distance à laquelle il me semblait l’avoir vu à l’arrêt derrière nous. Mais je ne me posai pas de questions. Il continua à faire le tour de la ville à la recherche d’un bistrot ouvert, mais en vain. Il finit par abandonner et reprit sa route vers Pontoise.

Arrivés à Deuil-la-Barre, à une dizaine de kilomètres de Pontoise, nous tombâmes en panne d’essence. Il devait être six heures. Nous nous arrêtâmes devant une petite station-service, fermée évidemment. Au premier étage, il devait y avoir l’habitation du pompiste et le chauffeur se mit à crier pour lui demander de descendre. Nous étions tous sortis de la voiture. Il vint à la fenêtre mais refusa de se déranger. Je commençais à craindre d’être en retard lorsqu’une petite moto apparut. Je lui fis signe et le chauffeur s’arrêta. C’était un camarade appelé de ma promotion du Service des transmissions. Je montai derrière lui, dit au revoir à mes  compagnons et nous arrivâmes avant sept heures à la caserne.

Quelques jours plus tard, après 17 heures, pendant le quartier libre, ce dernier vint me trouver et me dit :

- il y a deux inspecteurs de police qui voudraient te parler. Je ne leur ai pas dit ton nom. Vas-y, si tu veux…!

 Je me demandais vraiment ce qu’ils me voulaient mais, comme je n’avais rien à me reprocher, je décidai d’aller les voir. De toutes façons, je pensais que même si je n’y allais pas, ils s’arrangeraient pour me convoquer de force. A mon arrivée, ils me firent bonne figure et me demandèrent mon emploi du temps de la nuit de dimanche à lundi. Je leur dis que j’avais fait du stop car j’avais raté mon train. Je leur expliquai que le chauffeur, représentant chez Monsavon, fêtait son anniversaire et qu’il avait fait un peu de chahut durant la nuit mais sans gravité.

- Bon, on va aller au commissariat et vous signerez votre déposition.

Je leur dis que c’était l’heure du dîner et qu’il fallait faire vite si je ne voulais pas le manquer et être considéré comme absent sans permission ! Ou sinon, il fallait en demander une pour que je puisse sortir.

- Ne vous en faites pas, nous vous ramènerons immédiatement, vous serez à l’heure !

Ils m’emmenèrent donc dans leur voiture. J’ignore encore s’ils avaient demandé la permission de me sortir de la caserne… Arrivés au commissariat,

- Asseyez-vous là ! me dit un policier. Pendant ce temps, j’entendis que l’autre téléphonait et disait :

- Ca y est, nous le tenons !

Comme il n’y avait aucun doute qu’il s’agissait bien de moi, je me dis alors que j’avais sûrement fait quelque chose de répréhensible… peut-être durant mon sommeil ? Je compris qu’il parlait avec le commissariat de Sartrouville. Ils lui répondirent qu’ils allaient venir me chercher immédiatement. Je constatai que les flics pouvaient être menteurs quoique assermentés ! Ils m'avaient promis de me ramener à la Caserne lorsque j'aurais signé ma déposition…

Une fois à Sartrouville, un policier qui tapait à la machine avec un doigt de chaque main, comme la plupart de ses congénères à cette époque, entreprit de coucher sur le papier le récit de ce qui m’était arrivé durant la nuit de samedi à dimanche dernier. Cela lui prit bien deux heures. Il me fit entrer ensuite dans une petite pièce fermée par une grille où j’eus la surprise de retrouver tous mes compagnons du covoiturage… Pas de doute, il s’agissait bien de ce qui s’était passé la nuit du dimanche précédent.

Je me demandais comment les flics avaient pu me retrouver ? Le représentant de Monsavon m’apprit que c’était le pompiste qui leur avait indiqué qu’un soldat de Pontoise était parti de sa station sur la moto d’un autre soldat du même régiment. Il leur suffit donc de consulter la liste des permissionnaires de cette nuit-là et de questionner ceux qui avaient une moto et ainsi d’apprendre lequel avait pris un autre soldat devant la station-service sur la route de Deuil le dimanche matin à six heures ... Il n'y avait donc pas besoin d'être surdoués pour cela ...

Le chauffeur, désolé des inconvénients qu’il nous occasionnait ainsi, nous paya un sandwich à chacun qu’un gardien de la paix alla complaisamment nous acheter. Ensuite, nous nous  allongeâmes sur les bancs de notre cellule et nous nous endormîmes du sommeil du Juste (enfin, surtout moi !).



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En lisant ma biographie, vous apprendrez, entre autres, comment ...
- j'ai débuté à zéro et créé 3 sociétés,
- j'ai élevé correctement 5 enfants avec mes seuls revenus,
- à ma retraite, j'ai pu acquérir une villa sur la Côte d'Azur.

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